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 [Livre] Manuel d'autodéfense intellectuelle

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Liliane
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MessageSujet: [Livre] Manuel d'autodéfense intellectuelle   Lun 2 Juil - 17:30


Source : Manuel d'autodéfense intellectuelle, par Sophie Mazet, éditions Robert Laffont (2015). Ce livre d'initiation à l'esprit critique a a priori peu de rapport avec le thème du forum, mais peut je pense vous intéresser. En effet, il encourage chacun de nous à devenir chercheur et à ne pas se contenter des informations de surface, ce qui est somme toute assez proche du projet du Club de recherche. Pour cette synthèse, j'ai choisi de conserver le chapitrage originel, avec un article par chapitre pour plus de lisibilité.



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MessageSujet: Qu'est ce que l'information?   Mar 3 Juil - 17:58

1) Qu'est ce que l'information?

Chaque jour, des milliers d'événements ont lieu dans le monde. Seul certains nous semblent assez importants pour bénéficier du statut "d'information". Le critère de sélection pourrait être le degré d'impact qu'une information va avoir sur notre vie...mais ce n'est pas le cas, comme le prouve par exemple la diffusion quotidienne des cours de la bourse, qui n'apporte pourtant rien à l'immense majorité des téléspectateurs. La sélection est donc plus complexe. Pour comprendre comment tout cela fonctionne, commençons par nous demander : Quel est le but d'un média d'information? Avoir le plus possible de lecteurs/téléspectateurs/auditeurs pour pouvoir continuer à exister malgré la crise du secteur de l'information, et dans le meilleur des cas dégager un bénéfice. L'information est donc un produit à vendre comme un autre. Mais...qui paie quoi, exactement? Sans surprise, l'argent vient avant tout de la publicité. Le PDG de TF1 a dit en 2004 "Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible". "Quand c'est gratuit, c'est toi le produit", pourrait-on également dire. Et même les médias d'informations payants (journaux, sites internet) sont rarement complétement exempt de publicités.

La réponse à la question "Comment l'information est-elle choisie" est désormais plus claire : la meilleure information est celle qui attirera et captivera le plus de temps de cerveau humain. Les anglophones appellent ça "l'infotainment" (information+entertainment), ce qui pourrait donner "infodivertissement" en français. En gardant ce but en tête, le meilleur sujet à traiter :
- Est nouveau/de saison
- Concerne des faits étranges et inhabituels
- Implique un conflit ou un scandale
- Concerne des gens connus ou familiers
- Peut être facilement dramatisé
- Est simple et rapide à expliquer + facile à imager
- S'inscrit dans des thèmes contemporains
En bref : appel à émotion, rapidité, simplicité. Certains événements remplissent nombre de ces critères et sont donc diffusées massivement, alors qu'ils ont au final un intérêt limité pour la majorité, par exemple Nabilla qui tente de poignarder son compagnon en 2014, ou les mariages de la famille royale anglaise. En ce qui concerne les conflits dans le monde, tous ne sont pas jugés importants. Les conflits les plus largement médiatisés sont ceux que l'on peut relier à un contexte familier.

Un autre ingrédient typique bien que souvent controversé de l'information est la présence d'experts en tout et en rien venus donner leur avis sur les plateaux télé. Le doute sur leur légitimité vient notamment du fait que ce sont toujours les mêmes, un phénomène qui prend racine dans la façon dont est produite l'information dans les médias de masse d'aujourd'hui. La contrainte temps fait loi - quoi qu'il arrive, il faut pouvoir livrer l'information du jour au moment prévu. L'expert choisi ne l'est donc pas pour sa compétence dans sa discipline mais pour sa disponibilité, son efficacité (il doit être concis), et si le sujet touche à l'économie, son orthodoxie (il doit être pour l'économie de marché). Résultat : on tombe toujours sur les mêmes. Cette absence de diversité est un sérieux problème - non seulement certains points de vue finissent par être bien plus diffusés que d'autres, mais la recherche de sources fiables et efficaces conduit à évincer de nombreux témoignages pertinents. Lors d'une manifestation, par exemple, on se contente souvent du point de vue de la police et de celui des habitants du quartier...De manière générale, la police est appréciée des chaines télé et fait même l'objet d'émission comme "enquête d'action" où elle tient un rôle héroïque. La télé devient à la longue un véritable outil de communication pour la police. En insistant sur la dangerosité qui guette à chaque instant et sur l'importance des forces de l'ordre, elle rend plus acceptable les approches sécuritaires proposées par certains politiques.

Et c'est là qu'est le nœud du problème. Nous avons chacun un point de vue différent sur le monde. Ce point de vue est constitué "d'images dans notre tête", images en partie construites par la presse. Ainsi l'information divise le monde en deux types de lieux : les citadelles (les endroits où vivent leur public) et les no man's lands (les autres endroits, dont on ne parle que quand il s'y passe quelque chose d'exceptionnel et de tragique, et qu'on ne connait qu'à travers ce filtre médiatique). Par ailleurs, pour être facilement assimilable, une information doit rentrer dans ces moules que nous avons déjà - par exemple, on tend à retrouver les mêmes personnages quelque soit le sujet traité : le jeune de banlieue, le syndicaliste, le riverain...Quitte à effacer les subtilités. Pour autant, il ne faut pas tomber dans le piège de croire que les médias mentent à dessein, qu'on ne peut jamais les croire. Non seulement c'est faux (en France, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel peut sanctionner les médias manquant de rigueur dans leur traitement de l'information), c'est également une attitude de facilité qui n'a rien à voir avec l'esprit critique. Il faut au contraire exercer un travail intellectuel :
- en multipliant et croisant ses sources d'informations
- en envisageant systématiquement le point de vue opposé
- en suivant un thème dans la durée
- en gardant à l'esprit tout ce qu'on a dit précédemment.
Il faut enfin accepter l'idée qu'on ne peut être informé qu'imparfaitement, et que même cela demande des efforts.
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MessageSujet: La vie est-elle plus belle dans les séries TV?   Mar 3 Juil - 17:58

2) La vie est elle plus belle dans les séries TV?

Quelque soit le milieu social, pratiquement tout le monde aime les séries télé. Il s'agit d’œuvres de fiction, clairement distinctes de la réalité, contrairement à l'infotainment ; pourtant, elles ont un impact non négligeable sur nous. Et cet impact est d'autant plus important qu'aujourd'hui, les séries se regardent de façon véritablement addictive. On parle de "binge watching" pour qualifier cette tendance à regarder toute une saison (voir plusieurs) dans un laps de temps très court. Durant ces longues séances, nous sommes comme plongés dans une torpeur, une paralysie intellectuelle. Regarder si longtemps des images de fiction finit par les ancrer fortement en nous, au point qu'elles en paraissent presque réelles. Goebbels, le ministre de la propagande d'Hitler, spécialisé dans le lavage de cerveau à grande échelle, disait que ce que les masses estimaient être la vérité n'était rien de plus que l'information qui leur était la plus familière. Et avec les séries, ce bourrage de crâne marche à plein régime. D'autant qu'il est assez difficile d'éteindre la télé...Les séries modernes usant et abusant du cliffhanger.

Enfin, les séries ont d'autant plus d'influence sur nous qu'elles nous font accéder à des pans de la réalité auxquels notre vie quotidienne ne nous affronte pas. Nous avons ainsi bien plus de chance de connaître un avocat, un policier ou un cardiologue dans une série que dans la vraie vie, et donc d'avoir une vision faussée de ces métiers. Autre exemple : dans les séries, les victimes sont pour l'immense majorité des femmes blanches. Pourtant, dans la réalité, les victimes de crimes sont majoritairement des hommes appartenant à des minorités (noirs ou latinos) - des gens qu'on verrait spontanément davantage dans un rôle de coupable. Les séries et films tendent également à entretenir notre sentiment d'insécurité, grâce à leur lot de tueurs psychopathes qui attaquent dans l'ombre. Pourtant, suivant les statistiques, les meurtres sont quasi systématiquement commis par un conjoint ou une connaissance, qui a 90% de chances de se faire attraper. Dans un registre moins sombre, les séries médicales, également très populaires, biaisent aussi notre vision du monde : le médecin de fiction parlant énormément avec ses patients, on s'attend en allant à l'hôpital à une dose de relationnel élevé et on se retrouve déçu et désemparé, les vrais médecins étant bien trop occupés à soigner pour faire la conversation. Il peut néanmoins y avoir des points positifs - ainsi les patients d'aujourd'hui ont tendance à être mieux renseignés sur les procédures médicales.

Nous avons établi que les séries pouvaient influencer la manière dont nous voyons le monde - mais peuvent-elles réellement changer le monde? Oui, d'une certaine manière. Ainsi, l'élection de Barack Obama pourrait avoir un lien avec l'élection du personnage de David Palmer dans la série 24h chrono. Lui aussi est noir, mais jamais ce point en particulier n'est soulevé dans la série, ce qui a totalement normalisé cette idée pour les spectateurs. Un facteur qui a probablement joué sa part...

Bien sûr, les marketeurs de tout bord ont vite vu le potentiel influenceur des séries. Ainsi est né le placement de produit - les producteurs sont payés pour que tel ou tel objet soit utilisé dans leur série, et les résultats sont probants. On assiste aussi au placement d'idée : sur l'IVG, la contraception, la lutte contre l'homophobie...


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MessageSujet: La pensée complotiste   Mar 3 Juil - 17:59

3) "On nous cache tout, on ne nous dit rien" (la pensée complotiste)

Un complot ou une conspiration peut être défini comme un groupe de personnes ayant un projet secret visant à nuire dans le but d'obtenir un avantage. Les méthodes pour parvenir à cette fin sont variables : manipulation des situations, falsifications de documents, assassinat, enlèvement...Ce concept romanesque n'a rien d'une fiction : l'histoire est rempli de complots célèbres (ex : celui de la dépêche d'Ems). Le sous-genre de la cabale, ou machination, se concentre sur la destruction de la réputation d'un individu - ainsi l'affaire DSK a été dénoncé comme une cabale par certains de ses partisans. Comme, par définition, ces projets sont tenus secrets du grand public, ils sont toujours véhiculés par la rumeur - autrement dit, un propos invérifiable, dont on ne connait pas la source, et qui peut être partiellement vraie comme complétement faux. La tendance actuelle en matière de complot est la croyance dans un "méga-complot", un groupe de personne dirigeant le monde en secret et ayant institué un "Nouvel Ordre Mondial" correspondant à leurs intérêts. C'est le conspirationnisme.

On peut repérer assez facilement un discours complotiste aux points souvent :
- Il apparait rapidement après l'événement concerné et se propage de façon virale via les réseaux sociaux.
- Il discrédite en bloc la "version officielle" soit le discours de l'ensemble des médias traditionnels. De manière générale, le partisan de la théorie du complot est en permanence dans le soupçon, ne croyant rien ni personne - à part sa théorie, qui devient donc impossible à infirmer ou à réviser. Vous n'êtes pas d'accord avec lui? Soit vous êtes trop naïf, soit vous faites, vous aussi, partie du complot.
- Il véhicule l'idée que "Tout Est Lié", que "Rien n'arrive au hasard".
- Il utilise à tout va l'argument autorité de soit-disant experts sympathisants de la cause (qui sont parfois vraiment des experts en quelque chose, mais rarement dans le bon domaine).

En ce qui concerne les groupes soupçonnés par les conspirationnistes, il s'agit souvent de services secrets type CIA (ce qui a une certaine logique), ou de groupes un peu mystérieux mais connus de tous (comme les francs-maçons, qui sont effectivement assez fermés et ésotériques). Parmi les options moins "logiques", on trouve des groupes qui n'existent plus depuis des siècles (les Illuminati) ou qui sortent carrément du genre humain (les reptiliens). Parmi les suspects habituels, on retrouve aussi les Juifs - pourquoi eux et pas n'importe quel autre peuple/groupe religieux? En faisant court, les juifs ont toujours été ostracisés dans les pays à majorité chrétienne, car vus comme un peuple déicide, ayant tué Jésus. Cette ostracisation les autorisait au moyen-âge à pratiquer seulement des métiers avilissants comme la finance. Parti de là, on assiste à un beau dérapage de la pensée (s'occupe de l'argent = riche, riche = puissant, riche et puissant = à même de mener un complot).

Les adeptes du méga complot justifient le fait que la plupart des gens ne se rendent compte de rien en invoquant l'argument de la manipulation des esprits. Par exemple, des messages subliminaux à la télé, qui nous ne voyons par vraiment mais qui impacte directement notre cerveau - de multiples études scientifiques ont pourtant prouvées que cela ne fonctionnait pas.

On a vu que le complotisme se répandait de manière virale avec les réseaux sociaux. Une autre raison de sa popularité est la difficulté à trouver des informations allant dans le sens contraire. En effet, l'abondance de renseignements disponible grâce à internet rend le tri difficile. Ainsi si on tape "nom de l'événement + complot", en cherchant à balancer le pour et le contre pour trancher, on risque fort de tomber majoritairement sur des blogs de complotistes. Idem si on tape "crop circle", "illuminati"...Pourquoi? D'une part, comme nous l'avons vu précédemment, les complotistes sont extrêmement prolifiques (normal, ils s'appuient sur du vent) ; d'autre part, pourquoi s'épuiser à écrire des pages et des pages dénonçant un complot quand ses partisans sont de toute manière déterminés à ne voir que ce qui les arrange...Enfin, aussi étrange que cela puisse paraître, notre cerveau aime les complots, car il a une tendance naturelle à associer chaque événement à une cause définie, et du mal à accepter l'influence du hasard ou de facteurs distincts. On se sent anxieux quand la cause d'un événement nous échappe - et elle nous échappe souvent dans la masse d'information à laquelle nous sommes constamment exposé. Avoir l'impression d'avoir tout comprit, de ne pas se faire avoir, d'être plus intelligent que les autres est bien plus gratifiant.

Si certaines théories du complot sont plutôt grossières, d'autres peuvent prêter à confusion - pour être sûr de ne pas tomber dans le panneau, il peut être utile de garder un œil sur le site Conspiracy watch, qui dénonce chaque jour les derniers complots inventés sur la toile.
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MessageSujet: Article 4 : à quoi sert la laïcité?    Lun 16 Juil - 19:19

4) A quoi sert la laïcité?

Note : Cet article, bien qu'intéressant, est selon moi le plus éloigné de la problématique du forum, je vais donc (essayer de) le traiter de manière assez succincte.

La laïcité est un "cadre juridique et politique permettant à des êtres différents du point de vue des options spirituelles ou des convictions personnelles de vivre ensemble". Les pays laïques ont ainsi une loi humaine qui diffère des différentes lois divines, et que les religieux doivent prioriser par rapport à leur loi divine. Dans les pays où il y a une religion d’État, la loi humaine découle d'une loi divine et est donc totalement compatible avec celle-ci (mais pas avec les autres religions). En France, la laïcité remonte pratiquement à la Révolution Française, et s'incarne dans quelques principes clés comme l'état et le mariage civil, l'enseignement laïque, la séparation de l'Eglise et de l'Etat et l'interdiction de signes ostensiblement religieux dans les écoles, collèges et lycées.

Du champ d'application de la laïcité

La laïcité pose notamment la question de son champ d'application. On a ainsi pas le droit aux signes religieux à l'école, mais on y a le droit sur une plage ou dans une gare, car ce sont des espaces publics où l'expression d'une appartenance religieuse est autorisé au nom de la liberté de conscience, et ce tant qu'elle ne perturbe pas l'ordre public. La seule exception concerne le voile intégral, mais c'est pour une raison de sécurité (Nul ne peut dissimuler son visage) et non de laïcité. En ce qui concerne les espaces privés, la question ne se pose pas - on peut bien entendu y pratiquer sa religion en toute liberté.

Donc en général, le débat concerne plutôt les espaces mi-publics mi-privé. Ainsi :
- L'école interdit les signes religieux. L'auteur dit à ce propos qu'il s'agit d'une prise en compte de la spécificité des élèves, qui sont des enfants en pleine évolution à qui l'école a pour mission de proposer une ouverture leur permettant de devenir ce qu'ils souhaitent, de découvrir d'autres horizons intellectuelles que ceux proposés dans leurs familles. Pour certains, cela peut même être une délivrance (l'auteur cite un témoignage d'une jeune fille que sa famille contraignait au voile).
- L'entreprise a son propre règlement intérieur, qui peut être plus ou moins souple dans ses autorisations. Tout comme la loi du pays, la loi de l'entreprise prime également sur la loi divine...mais il peut y avoir des frictions, par exemple quand un employé demande des jours de congés pour des fêtes religieuses, refuse d'accomplir certaines tâches qui heurtent ces croyances, souhaite porter des vêtements particuliers, etc. Interdire trop relève alors de la discrimination envers des minorités, tandis que tout autoriser revient éventuellement à pénaliser l'intérêt de l'entreprise...il faut trouver un juste équilibre.

Critique de la laïcité

La laïcité est parfois accusé de faux prétexte pour rejeter les musulmans. En effet, dans les dernières années, les débats autour de la laïcité ont essentiellement visés les femmes voilées. Cependant, l'auteur rappelle que le voile n'est pas historiquement un attribut indissociable des femmes musulmanes - on observe récemment une augmentation de son port, mais c'est assez nouveau, et d'autres religions l'utilisent également, comme dans le cas des bonnes sœurs catholiques. Il est toutefois vrai que certains groupes de droite utilisent ce principe pour justifier leur xénophobie, ce qui contribue au doute général sur le sujet.

La laïcité est aussi parfois vu comme un chiffon rouge qu'on agite pour faire diversion. On essaierai ainsi de centrer le débat sur le repli communautariste pour ne pas avoir à s'occuper de questions plus centrales comme les inégalités sociales. Or il y a un certain lien entre les deux. La religion a ainsi été encouragé dans certains banlieues pauvres pour que les jeunes puissent avoir une influence positive pour contrebalancer l'attrait de la violence, la délinquance, la drogue...un attrait qui vient directement du manque d'emploi et de perspectives d'avenir viables via "le droit chemin". Il y a aussi une certaine intrusion de la religion dans la gestion du social (parce que l'aide de l’État est insuffisante). Enfin de nombreux élus ont avoués avoir, lors de la crise économique et sociale de 2008, choisi la facilité - en évitant au maximum le conflit avec les minorités religieuses, en se mobilisant pour elles même, pour qu'elles soient au moins satisfaites sur ce point là, ils ont encouragés un repli communautaire qui endommage le pacte républicain (l'un des principes fondamentaux de la république française selon laquelle la république et ses valeurs sont universelles, que tous les citoyens doivent donc être traités également - c'est l'égalité des droits). [<-- J'ai vraiment galéré pour résumer ce passage, il était assez difficile à comprendre, j'espère que ça reste clair]

Enfin la laïcité est accusé d'être liberticide. Ce n'est pas complétement faux - elle conduit à une restriction de certaines libertés. Mais elle le fait car c'est indispensable pour que toutes les croyances puissent coexister. Il s'agit de concessions à faire individuellement pour que chacun ait un maximum de liberté sans empiéter sur celle des autres. Il est important de continuer à essayer de trouver des aménagements qui permettent à tous de vivre ensemble paisiblement.


[Bon, j'aurai tenté, mais il est aussi long que les autres...]
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MessageSujet: Article 5 : Le pire est il toujours certain?   Lun 16 Juil - 20:46

5) Santé, nutrition, environnement - le pire est il toujours certain?

Ah, là on est un peu plus dans notre thème ;) Bon, j'avoue que je ne suis pas d'accord avec l'auteur sur quelques points de cet article, mais je vais faire de mon mieux pour être neutre afin que vous vous fassiez votre propre idée.

Sommes-nous en danger?

Les questions liées à la santé, à la nutrition et à l'environnement créent facilement des réactions de panique. Il y a d'ailleurs eu de nombreux scandales autour de ces thématiques ces dernières années : vache folle, marées noires, amiante, médiator...C'est à se demander s'il existe une manière de vivre qui ne nous expose pas à une quelconque catastrophe sanitaire ou écologique. Face à cette impression d'être attaqués de toute part, l'auteur appelle à relativiser en s'appuyant sur deux données fiables : les principales causes de mortalité en France (Cancer à 30%, maladies cardiovasculaires à 27%, morts violentes à 7% seulement) et la courbe de l'espérance de vie (entre 1985 et 2015, nous avons gagnés en moyenne 7 ans de vie supplémentaire, inutile donc de trop nous inquiéter sur notre qualité de vie).

On peut s'inquiéter du nombre élevé de cancers, dont les causes exactes sont inconnues et pour lesquels il est facile de penser que l'alimentation et l'environnement sont responsables. Mais bien que le nombre de décès par cancer augmenter, le nombre de cancer totale baisse (hors cancer du poumon). Le cancer du poumon, le plus courant, le tabagisme, l'alcool et une alimentation trop riche en gras sont les principaux incriminés.

Enfin, bien que la pollution urbaine augmente, aller s'installer à la campagne n'est pas une bonne manière d'augmenter notre espérance de vie, le taux de décès étant plus bas dans les grandes villes - notamment car les campagnes souffrent des déserts médicaux.

Pourquoi avons-nous peur?

Pourquoi l'alimentation nous inquiète? Car l'aliment est devenu un OCNI, un objet comestible non identifié. On a peur de l'altération que l'industrie peut faire subir aux aliments, car nous n'avons plus aucune prise sur leur parcours. Nous opposons à cette industrie diabolique la nature, que nous idéalisons d'autant plus que nous avons perdu le contact avec elle. Cette méfiance nous fait, en cas de crise sanitaire, agir de manière irrationnelle. Exemple : en 2011, une quarantaine de personnes sont mortes en Europe après avoir été empoisonnées par la bactérie E.coli - le concombre espagnol a été brièvement soupçonné, puis disculpé pour des graines germées. Malgré ça, les ventes de l'intégralité des légumes en provenance d'Espagne ont chuté pendant plusieurs semaines, et même les ventes des concombres d'autre provenance - une réaction disproportionnée et illogique, s'expliquant à la fois par une surmédiatisation de l'affaire, par la soudaineté des morts et par le facteur distance entre les consommateurs et le lieu de production de leur nourriture.

Une autre explication à ces peurs collectives provient de la représentation de la recherche scientifique et des chercheurs dans les médias généralistes. On se souvient de l'étude du chercheur Andrew Wakefield, qui avait voulu établir un lien entre le vaccin pour la rougeole et l'autisme chez les enfants - l'étude était parfaitement fausse, mais il a été encensé par les médias. De même pour le biologiste Gilles-Erci Seralini, qui a publié une étude sur la toxicité des OGM et des pesticides (dont le Roundup) en se basant notamment sur des tests sur des rats, morts rapidement et dont les cadavres déformés par le tumeurs étaient très télégéniques (dans le sens spectaculaire). L'étude était là aussi biaisée - il y avait trop peu de cobayes, la souche de rat choisie était connue pour facilement développer des cancers...Elle a pourtant été surmédiatisé et Seralini traité en héros. Attention, ce n'est pas parce que l'étude manque de rigueur scientifique que les résultats qu'elle prétend obtenir sont nécessairement faux (le Roundup s'est bel et bien avéré toxique) - simplement, elle ne peut pas être considéré comme une preuve. Or les médias adorent présenter un discours manichéen sur la recherche : un chercheur, seul contre tous, luttant contre les grandes entreprises et l'industrie pharmaceutique au nom du bien public...Or, ce n'est pas parce qu'une étude est menée au nom du bien public qu'elle est nécessairement vraie, ou nécessairement bien menée, et elle doit être remise en question au même nom que l'ensemble des études. Les progrès et découvertes en matière de santé et d'environnement ont rarement la fulgurance qu'on leur attribue dans les médias. La recherche est un travail de longue haleine qui nécessite du temps pour fournir des résultats probants - l'auteur cite en exemple le collaboration Cochrane, une organisation internationale de 28000 personnes présente dans plus de 100 pays, qui a pour but de rassembler et synthétiser toutes les études menées dans le monde sur un sujet donné pour viser une plus grande exactitude et pouvoir en tirer des généralités applicables ; un travail formidable mais jamais médiatisé, pour les raisons du chapitre 1.

Qui en profite?


En ce qui concerne la médecine, nos sociétés subissent ce qu'on appelle le "disease mongering" (pathologie clé en main), consistant à créer des maladies et en faire la promotion auprès du grand public pour l'inciter à acheter le médicament correspondant. Concrètement cela peut consister soit à créer une maladie de toute pièce, soit à élargir le champ d'application d'une maladie - on a récemment l'exemple de l'hyperactivité, qui a été très médiatisé et appliqué à un nombre croissant d'enfants qu'on aurait simplement considérés turbulents il y a quelques années. Les laboratoires pharmaceutiques lancent dans cette optique de grandes campagnes "d'information du public" autour de la maladie, pour semer le doute dans les esprits (et si je n'étais pas juste angoissé, mais atteint d'une dépression légère? etc). La raison pour laquelle le disease mongering prend aussi bien, c'est aussi que nous y sommes réceptifs. Être reconnu malade, ça veut d'abord dire qu'un médicament suffira à alléger nos peines, mais aussi que nous aurons droit à de la compassion plutôt qu'à du blâme, à des jours d'arrêt maladie...

Côté écologie, les grandes marquent savent aussi tirer profit de l'inquiétude des citoyens vis à vis de leur santé et de l'environnement, avec par exemple le greenwashing. Emballage et logos verts, terminologie et images trompeuses...Le tout accompagné d'un discours parfois moralisateur : soyez responsables avec Carrefour, agissez, faites un geste pour la planète...(une action et un geste qui se traduisent toujours par un achat) La situation est présentée de manière binaire - si l'on émet des doutes sur leur démarche de développement durable, ça veut dire qu'on est contre l'écologie, il n'y a pas de place pour une critique nuancée. Il y a là un vrai paradoxe, celui de promouvoir un comportement écologique sans aller jusqu'au bout de la logique (ex: interdire la vente de véhicules polluants).

Des conséquences parfois graves


"La peur est mauvaise conseillère", dit le dicton. L'auteur applique cette idée au "principe de précaution" appliqué en France via la loi Barnier, qui dit que l'absence de certitudes actuelles [...] ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement [...].

Un excès de méfiance que l'on applique également à la santé et qui peut avoir dans ce domaine des conséquences graves (ainsi les doutes sur les vaccins ont causés une baisse du taux de vaccination qui a engendré une recrudescence de la rougeole depuis 2008, alors qu'elle était quasiment éradiqué auparavant)(bien plus grave, en Afrique du Sud, le président était méfiant envers les antirétroviraux contre le virus du sida et a refusé les programmes de distribution dans son pays, condamnant ainsi des milliers d'individus). Il y aussi parfois un effet nocebo - on croit que quelque chose va être nuisible à notre santé et cela induit chez nous de véritable symptômes (l'auteur donne l'exemple d'habitants qui se sont plaint de migraines suite à l'annonce d'installation d'antennes relais dans leur quartier alors que celles ci n'avait pas encore été installées).

Conclusion


Pour garder la tête froide, l'auteur conseille :
- De garder les chiffres de l'espérance de vie et des causes de mortalités en tête
- De se dire qu'il y a relativement peu de risque qu'une catastrophe environnementale ou sanitaire, même avérée, ait un impact sur nos vies
- De se méfier des discours manichéens
- De se méfier des solutions miracles immédiates
- De se méfier de tous les discours où le progrès en général est présenté comme nocif

Ce qui reste à traiter :
6) Peut-on échapper à la publicité?
7) En politique, faut-il toujours se méfier des mots?
8) Tous les discours dits "scientifiques" sont-ils fiables?
9) Le pire ennemi, c'est nous!
10) Astuces et biais face à l'information
- Le cadrage
- La suspension consentie de l'incrédulité
- Le rasoir d'Ockham
- Le chiffon rouge
- L'homme de paille
- Le faux dilemne
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